|
L’histoire. Entre deux rives prend ancrage sur mon histoire, celle d’un abandon et d’un secret de famille lié à l’émigration.
Tayeb Yahi, mon père, a fait partie de la première vague d’immigration kabyle en 1947 en France. Déjà marié en Kabylie, il rencontre ma mère à Saint Denis avec qui il a cinq enfants. En 1964, il repart dans son village avec deux de mes frères.
Après avoir reconstitué la trajectoire qui l’a conduit à abandonner ici sa famille, j’essaie de comprendre les mécanismes qui poussent la population kabyle, toutes générations confondues, d’hier à aujourd’hui, à rêver de partir en France.
Là, la réalité est tout autre…
La réalisatrice. Frédérique Devaux est née en octobre 1956, à Paris. Chargée de cours pendant de très nombreuses années, à l’université de Paris 7 (Jussieu), Paris 1 (Panthéon Sorbonne) et à l’Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière (ex-Vaugirard), elle est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma en particulier. Elle a réalisé une trentaine de films expérimentaux et documentaires. Elle travaille en ce moment sur une série de documentaires sur les cinéastes expérimentaux.
À propos du film. Je porte cette histoire en moi depuis ma plus tendre enfance. De blessure inguérissable, elle s’est muée en trajectoire artistique à travers laquelle j’ai tenté d’exprimer, longtemps inconsciemment, la douloureuse question du double et de la "marge" (la double culture, la double nationalité, la double identité), du secret (et de ce qui le voile) en m’inscrivant depuis des années dans une autre "marge" le cinéma expérimental ou de recherche (dont j’ai toujours revendiqué la lisibilité maximale).
Dans ce cadre, j’ai réalisé de nombreux films de recherche, "expérimentaux" en travaillant souvent sur la pellicule.
Mon histoire m’a conduite depuis de nombreuses années à m’interroger sur le statut des immigrés en France, à les regarder vivre (je connais bien les lieux de rencontres et de solidarité kabyles) et à chercher à évaluer ce qui pouvait avoir changé depuis que mon père est arrivé en France en 1947.
Mes interrogations rejoignent celles de centaines d’autres enfants issus d’union mixte.
Nous n’aurons sans doute pas de réponse(s) ; celle(s)-ci se trouve(nt), en partie, dans les conditions économiques et sociales offertes aux immigrés kabyles en France, quel que soit le gouvernement en place.
La presse. "L’actualité algérienne résonne des échos de la Kabylie. Entre deux rives jette un pont entre les communautés par le biais d’une histoire personnelle émouvante.”
Michel Amarger / Journaliste Critique RFI, novembre 2003
"Le Entre deux rives de Mme Frédérique Devaux Yahi, Ali Mellah, un homme, une révolution et Le chien et le chacal forment le tiercé de base de la compétition"
El Watan, 21 juin 2004
À débattre. Immigration : rappel historique de la première vague des années 50 Foyers brisés, familles décomposées : les victimes collatérales de l’immigration Faire un film sur son histoire familiale : démarche et parti-pris de mise en scène.
L'intervenant.
Frédérique Devaux, réalisatrice.
|
  |