un été au ciné 2004 / cinéville

 
Regard sur un auteur : visite questionnante de l’institution, entre raison et folie, rire et souffrance

10e chambre, instants d'audience, réalisé dix ans après Délits flagrants, grâce à l'autorisation très exceptionnelle du Président de la Cour d'Appel de Paris - il est en effet interdit de filmer et montrer les débats d'audience-, s'organise autour de la Présidente de la 10° chambre, Michèle BERNARD - REQUIN, vrai personnage d'une tragédie grecque qui met en scène la Justice et ordonne sanctions, remontrances et pédagogie face à la turbulence des défaillances humaines, petites et grandes...

Si Depardon bénéficie d’une reconnaissance avérée, tant comme photographe que comme cinéaste, il n’en est rien du côté des adolescents*. Une projection de son dernier film précédée d’un atelier en journée, serait donc l’occasion de présenter un auteur qui cherche à examiner le quotidien des institutions. En outre, d’une façon plus large, il serait alors possible de comparer ce travail à celui d’un autre cinéaste, tel que Wiseman, et d’aborder la question du rapport entre le documentaire et la fiction, les différences à établir entre le cinéma d’investigation et le reportage…

*Pour preuve, les projections de Délits Flagrants, dans le cadre de Lycéens au cinéma en Ile de France qui ont révélé que les élèves n’avaient jamais entendu parlé de cet auteur.

Avec, Faits divers (1983) Depardon a commencé par suivre une brigade de police sur des affaires communes. C’est alors qu’il a eu l’idée de Délits flagrants (1994), c’est-à-dire, celui de filmer le passage des suspects pris en flagrant délit devant le substitut du procureur. Mais l’administration judiciaire ne lui a accordé l’autorisation de filmer que 7 ans plus tard, et selon des conditions très restrictives. Pendant ce temps, Depardon a donc entrepris de filmer un service d’Urgences (1987) psychiatriques, pôle le plus effervescent de l’institution médicale, où il y a potentiellement le plus de "dramaturgie", où l’on pourrait même dire que "la réalité dépasse la fiction".

Au travers de ces quatre films, l’auteur mène l’enquête, se faisant toujours discret mais orientant néanmoins très clairement notre regard, d’une manière qui lui est propre, c’est-à-dire, en son nom, avec les outils du cinéma (choix des protagonistes, montage, cadres, etc.). A chaque fois, on note que le film est soigné (pellicule film, cadrage particulier, son optimal), qu’il sort en salle et recueille un franc succès auprès du public, diversifié. Une autre particularité des quatre films est d’impliquer tout un chacun parce que les personnes filmées nous sont proches. Et quand elles sont apparemment toute autre (la prostituée, le toxicomane, l’étranger sans papier, le malade mental), elles nous touchent aussi par la souffrance ou la fragilité exprimée avec sincérité et sans mascarade spectaculaire. Quelque soit la gravité de la situation, il n’empêche que les spectateurs sont souvent amusés et rient sans culpabilité parce qu’ils ressentent que le sujet choisit lui-même de se mettre en scène, tel un histrion. Les émotions sont donc elles aussi franches et variées. Tous ces éléments font que les films de Depardon ressemblent étrangement à des fictions tout en paraissant extrêmement vrais, voire… objectifs.

Christelle Méaglia est psychologue clinicienne (psychodrame psychanalytique de groupe avec des jeunes) et intervenante en cinéma pour des débats libres, ateliers d’analyse filmique et de réalisation documentaire. Loin du cours magistral, elle propose d’impliquer les spectateurs dans un travail en commun de mise en forme (mots, images) du ressenti. Son expérience auprès de personnes ayant des difficultés psychologiques, lui a enseigné toute l’importance de l’écoute et de la reconnaissance du point de vue d’autrui.

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Olivier NAHMIAS - KYRNÉA International - juillet 2004 - www.etecine.kyrnea.com