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10e chambre, instants d'audience, réalisé dix ans après Délits flagrants, grâce à l'autorisation très exceptionnelle du Président de la Cour d'Appel de Paris - il est en effet interdit de filmer et montrer les débats d'audience-, s'organise autour de la Présidente de la 10° chambre, Michèle BERNARD - REQUIN, vrai personnage d'une tragédie grecque qui met en scène la Justice et ordonne sanctions, remontrances et pédagogie face à la turbulence des défaillances humaines, petites et grandes...
Si Depardon bénéficie dune reconnaissance avérée, tant comme photographe que comme cinéaste, il nen est rien du côté des adolescents*. Une projection de son dernier film précédée dun atelier en journée, serait donc loccasion de présenter un auteur qui cherche à examiner le quotidien des institutions. En outre, dune façon plus large, il serait alors possible de comparer ce travail à celui dun autre cinéaste, tel que Wiseman, et daborder la question du rapport entre le documentaire et la fiction, les différences à établir entre le cinéma dinvestigation et le reportage
*Pour preuve, les projections de Délits Flagrants, dans le cadre de Lycéens au cinéma en Ile de France qui ont révélé que les élèves navaient jamais entendu parlé de cet auteur.
Avec, Faits divers (1983) Depardon a commencé par suivre une brigade de police sur des affaires communes. Cest alors quil a eu lidée de Délits flagrants (1994), cest-à-dire, celui de filmer le passage des suspects pris en flagrant délit devant le substitut du procureur. Mais ladministration judiciaire ne lui a accordé lautorisation de filmer que 7 ans plus tard, et selon des conditions très restrictives. Pendant ce temps, Depardon a donc entrepris de filmer un service dUrgences (1987) psychiatriques, pôle le plus effervescent de linstitution médicale, où il y a potentiellement le plus de "dramaturgie", où lon pourrait même dire que "la réalité dépasse la fiction".
Au travers de ces quatre films, lauteur mène lenquête, se faisant toujours discret mais orientant néanmoins très clairement notre regard, dune manière qui lui est propre, cest-à-dire, en son nom, avec les outils du cinéma (choix des protagonistes, montage, cadres, etc.). A chaque fois, on note que le film est soigné (pellicule film, cadrage particulier, son optimal), quil sort en salle et recueille un franc succès auprès du public, diversifié. Une autre particularité des quatre films est dimpliquer tout un chacun parce que les personnes filmées nous sont proches. Et quand elles sont apparemment toute autre (la prostituée, le toxicomane, létranger sans papier, le malade mental), elles nous touchent aussi par la souffrance ou la fragilité exprimée avec sincérité et sans mascarade spectaculaire. Quelque soit la gravité de la situation, il nempêche que les spectateurs sont souvent amusés et rient sans culpabilité parce quils ressentent que le sujet choisit lui-même de se mettre en scène, tel un histrion. Les émotions sont donc elles aussi franches et variées. Tous ces éléments font que les films de Depardon ressemblent étrangement à des fictions tout en paraissant extrêmement vrais, voire
objectifs.
Christelle Méaglia est psychologue clinicienne (psychodrame psychanalytique de groupe avec des jeunes) et intervenante en cinéma pour des débats libres, ateliers danalyse filmique et de réalisation documentaire. Loin du cours magistral, elle propose dimpliquer les spectateurs dans un travail en commun de mise en forme (mots, images) du ressenti. Son expérience auprès de personnes ayant des difficultés psychologiques, lui a enseigné toute limportance de lécoute et de la reconnaissance du point de vue dautrui.
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