|
lhistoire. Abdelkrim, dit "Krimo" (15 ans), vit dans une cité H.L.M. de la banlieue parisienne. Il partage avec sa mère, employée dans un supermarché, et son père en prison, un grand rêve fragile : partir sur un voilier au bout du monde. En attendant, il traîne son ennui dans un quotidien banal de cité, en compagnie de sa bande de copains.Krimo tombe amoureux de sa copine de classe Lydia, une pipelette vive et malicieuse. Dun naturel plutôt réservé, Krimo a dautant plus de mal à lui déclarer ses sentiments que Lydia na en ce moment quune chose en tête : la représentation de la pièce de Marivaux Le Jeu de lamour et du hasard, que leur classe va donner à loccasion de la fête de lécole. Lydia y joue Lisette, et les répétitions se déroulent sous la direction de Monique, leur professeur de français, qui a converti son cours, pour la circonstance, en cours dart dramatique. Krimo manigance un plan dapproche ingénieux
Bien que le théâtre représente le cadet de ses soucis, il persuade Rachid, le partenaire de Lydia, de lui céder le rôle dArlequin, en échange du butin de ses derniers casses. Laccord est conclu, mais la hardiesse de Krimo est mise à rude épreuve car Monique savère un metteur en scène dune exigence implacable
Krimo était loin de se douter que ses débuts sur scène ne se feraient quau travers de pénibles tourments...
Texte(s) de soutien de l'acid
Le temps quil fait Depuis quelques années, je tente de (ré)concilier mon regard à un monde qui se dérobe ; je moblige ainsi à une réflexion sur lart en général, à ses devoirs sans droits et à ses tenants le plus souvent sans aboutissants immédiats. Je mapplique aussi dans quelques réunions associatives à ne pas trop imposer ni exposer ma présence sur des choix ou des partis pris que dautresdéfendent mieux que moi. En un sens, je fais "comme tout le monde", je tente de résister à un despotisme doù ne sort quune seule et même parole. De temps en temps seulement (trois fois en trois ans) jéprouve cette impérieuse nécessité décrire sur un des nombreux films proposés à lACID. Je peux comprendre ainsi mon incapacité à ne pouvoir faire un certain cinéma et saisir bien sûr les raisons pour lesquelles je nen ferais jamais certain.
Il fait parfois beau
La cinématographie française (toujours plus dépendante) celle qui refuse à la fois les calibrages et les conformités - souvent dépréciées par une critique soucieuse delle-même et dune industrie toujours prompte à imposer ses pouvoirs peut parfois simposer et saffirmer sans détours avec des films en forme de slaves poétiques qui transpercent violemment le corps du temps. Le film de Abdellatif Kechiche est ainsi.Les mots percutent limage comme un chant fait de signes et donomatopées. Lexistence dune banlieue sans âme ni corps est bannie par un langage émancipateur, poétique, politique et profondément humaniste. Lamour, lhonneur, et la pudeur guident la raison et le geste des adolescents en quête deux-mêmes. La parole donnée retrouve ici sa sacralité et ne peut en aucun cas être reprise. Comme le théâtre de Marivaux en partie exposé dans le film, "le conte dun amour impossible dans une cité de pauvres" côtoie sans faiblesse cette grande littérature qui peint les amours impossibles dune classe sociale à une autre.Les polyphonies dun patois banlieusard saccorde magnifiquement à la verve aristocratique du théâtre classique.
La beauté dune parole émancipée et originelle rejoint celle des visages.
Ce quindépendance veut dire
On retrouve aussi en filigrane ce combat perdu (mais pas davance) des sacrifiés sur lautel du libéralisme qui osent affirmer puis imposer leur existence.
Lexotisme de la banlieue, friandises télévisuelles ou tremplin dune bonne conscience pour cinéastes pervertis est rapidement étouffé par les richesses dun langage qui se juxtapose aux regards silencieux et puissant des personnages eux mêmes. Luvre suggère sa croyance en lart et en lhumain mais concède avec humilité ses propres limites. Il ne sagit plus ici de "la haine" (de soit et des autres) ni dune caricature qui colle à la peau du dos des banlieues mais du choix simple et salvateur dexprimer un sentiment ou une émotion par le biais poétique dune réalité. Le cinéaste épouse le moindre geste ou un ultime regard sans la vulgarité si commune de la caméra portée. La grâce et lexcellence de linterprétation doit beaucoup à sa mise en image à la fois discrète, pudique mais paradoxalement osée. Cest la nécessité dêtre qui détermine son regard et son filmage. Lart du film tient aussi à la réussite de ce geste rare mais toujours fondateur, celui de conjuguer lauthenticité dun réel au songe dune fiction. Il évite ainsi les dérives du documentaire qui prend trop souvent la réalité pour une vérité et les vanités de la fiction qui sapproprie des vérités pour plagier la vie. Tout cela est si simple que lon sétonne encore de voir des films se limitant à ces deux antinomies.Le cinéaste artiste aime ses personnages et montre cette fois sans pudeur- son désir de filmer et ce plaisir daimer. Il parvient, avec cet audacieux mélange, dhumour et de mélancolie, à nous transmettre cette euphorie lucide.
Dominique Boccarossa
filmographie.
- Le Thé à la menthe, 1984
- Un vampire au paradis, 1991
- La Faute à Voltaire, 2000
- LEsquive, 2003
l'intervenant. Nadia Meflah, critique.
à débattre. Les jeunes et le langage : de Marivaux au Verlan Casser les clichés de film de banlieue Filmer en banlieue aujourdhui diriger des jeunes comédiens amateurs.
|
   |
|
Scénario : Abdellatif Kechiche
Adaptation et dialogues : Ghalya Lacroix, Abdellatif Kechiche
Image : Lubomir Bakchev
Son : Nicolas Washkowski
Montage : Ghalya Lacroix
Production : Lola Films
Interprètes : Osman Elkharraz, Sara Forestier, Sabrina Ouazani, Nanou Benahmou, Hafet Ben-Ahmed, Aurelie Ganito, Carole Franck, Hajar Hamilili, Rachid Hami, Mariem Serbah, Hanane Mazouz, Sylvain Phan
Contact : Rezo Films
|
|