un été au ciné 2004 / cinéville

 
La bataille d’Alger

>> de Gillo Pontecorvo
Fiction - Sortie le 19 mai 2004

Italie / Algérie –1965 - 2h03 - 35 mm

l’histoire. 7 octobre 1957. Les parachutistes du colonel Mathieu entrent dans la Casbah. Ils viennent s’emparer d’Ali La Pointe, le chef guérillero du Front de Libération Nationale.

Retour en arrière...
1er novembre 1954. Un message du Front de Libération Nationale lance la Bataille d’Alger. L’escalade terroriste démarre. Les tortures se multiplient. Les troupes françaises parviennent à arrêter les principaux chefs de la guérilla. Jusqu’à Ali La Pointe, en ce 7 octobre 1957.

La Bataille d’Alger est une victoire pour les troupes françaises. Pourtant...

Trois ans plus tard. La révolution gronde dans les rues de la Casbah, tandis que la population algérienne réclame son indépendance.

le réalisateur : avant, pendant, après, quarante années de bataille

Avant...
C’est bien avant la fin des événements que Gillo Pontecorvo a le désir de réaliser un film sur la guerre d’Algérie. Son projet s’intitule alors Paras. Il est basé sur une enquête que lui et son co-scénariste Franco Solinas ont mené dans la Casbah, réputée très dangereuse pour les occidentaux.

1964. L’Algérie a gagné son indépendance. Saadi Yacef s’est battu pour libérer son pays et, là, il vient de créer Casbah Films. Il veut mettre sur pieds un film retraçant ces années de lutte. Il monte une co-production entre l’Algérie et l’Italie, et contacte trois metteurs en scène italiens : Francesco Rosi, Luchino Visconti, Gillo Pontecorvo. Ce dernier accepte, à condition d’avoir une autonomie de point de vue et une totale liberté artistique.

Gillo Pontecorvo et Franco Solinas se plongent dans six mois de recherches intensives : ils fouillent les archives de police, relisent la presse de l’époque, interrogent aussi bien des vétérans des troupes françaises que des révolutionnaires algériens. A tout cela s’ajoutent les propres souvenirs de Saadi Yacef, qu’il a couché sur papier en prison, après avoir été arrêté par les Français. L’écriture du script prend à Franco Solinas six mois supplémentaires.

Pendant...
Gillo Pontecorvo obtient l’autorisation de filmer sur les lieux mêmes de la Bataille d’Alger, y-compris dans les anciens quartiers généraux des forces françaises dont les décors parfois délabrés sont reconstitués sur place. L’objectif : retracer la géographie exacte des événements. Dans la Casbah, les rues sont si étroites que seules les caméras à l’épaule peuvent être utilisées. De cette contrainte naît le style très documentaire du film. Pour l’anecdote, on raconte que pendant le tournage, le metteur en scène ne cesse de siffler la musique qu’il a composé avec Ennio Morricone, un entêtant mélange de percussions, afin, dit-il, de ne pas perdre le rythme du film.

Le cinéaste a emmené avec lui neuf techniciens italiens. Le reste de son équipe est composé de locaux sans expérience, auxquels le chef opérateur Marcello Gatti, notamment, apprend les rudiments du métier.

De même l’interprétation est-elle entièrement composée de non-professionnels, à une exception près : Jean Martin, acteur de théâtre marginalisé après qu’il ait signé un manifeste contre la guerre d’Algérie. Pour le rôle d’Ali La Pointe, le chef de la guérilla urbaine, Gillo Pontecorvo a découvert Brahim Haggiag, un paysan illettré, sur un marché à Alger. Saadi Yacef recrée devant les caméras le rôle qu’il a joué dans la vie, celui de commandant des troupes algériennes. Des milliers de figurants, hommes, femmes et enfants, de la Casbah, sont réunis pour les scènes de foule.

Après...
1966. La délégation française boycotte la présentation de La Bataille d’Alger au festival de Venise - ce qui ne l’empêche pas de repartir avec le Lion d’Or... Le gouvernement interdit la sortie du film en France. Trois nominations aux Oscars (meilleur film étranger, meilleur réalisateur et meilleur scénario) n’y changent rien.

Ce n’est qu’en 1971 que le film obtient son visa d’exploitation en France. A la suite de pressions politiques et de menaces de bombes, il est très vite retiré des écrans.

L’histoire de La Bataille d’Alger rebondit le 27 août 2003. Comme le révèle un article du Monde en date du 8 septembre 2003, le Pentagone américain a convié officiers d’état-major et civils à une projection privée du film. Selon le quotidien, "un responsable du ministère, dont les propos sont rapportés, anonymement, par le New York Times du 7 septembre, déclare que ce film "donne une vision historique de la conduite des opérations françaises en Algérie" et que sa projection était destinée à "provoquer une discussion informée sur les défis auxquels les Français ont dû faire face".

En clair, le haut commandement américain tente d’étudier les erreurs de l’occupation française en Algérie afin de trouver une issue aux drames suscités par la présence des troupes américaines en Irak. Selon Garry Casimir, spécialiste : "Le film peut être vu comme une expérience de cinéma-vérité de ce qui se passe quand une nation occidentale s’impose d’elle-même au peuple musulman."

Le 20 octobre 2003, c’est au tour de la chaîne française Public Sénat de diffuser le film... suivi d’un débat avec Saadi Yacef.

Le 9 janvier 2004, le film connaît une re-sortie triomphale aux Etats-Unis. Après une projection spéciale, deux jours plus tôt, à Bethesda (Washington, DC), en présence de Saadi Yacef, il est montré à New York, Los Angeles, Pasadena, Chicago, Washington et plus d’une douzaine de villes du pays, et récolte plus de 500 000 US$ de recettes.

19 mai 2004. La Bataille d’Alger reprend d’assaut les écrans français. Le public peut enfin l’applaudir en masse, presque quarante ans après l’ultime clap de tournage.

filmographie. Gillo Pontecorvo naît à Pise en 1919. Pendant la seconde guerre mondiale, tout en suivant des études de chimie, il travaille comme journaliste et messager pour le parti communiste italien. Il participe à un réseau de partisans anti-fascistes et prend pour nom de guerre Barnaba. Une fois la paix signée, il devient correspondant à Paris de plusieurs journaux italiens. C’est alors qu’il voit le film Paisa de Rossellini et, aussitôt, abandonne son métier de journaliste, achète une caméra et commence à tourner des courts métrages documentaires.

En 1956, Giovanna relate la grève des femmes dans une usine de tissus. L’année suivante, il tourne son premier long métrage, La Grande route bleue (La grande strada azzura), aussi exploité sous le titre Un dénommé Squarcio. Cette adaptation d’une nouvelle de Franco Solinas, qui deviendra son scénariste de prédilection, décrit la vie difficile d’un petit village de pêcheurs.

En 1959, Kapo narre l’histoire d’une jeune fille juive, internée dans un camp de concentration, et qui devient l’auxiliaire des officiers nazis.

Le projet suivant du cinéaste connaît plus d’aléas. Gillo Pontecorvo songe très vite à un long métrage sur la guerre d’Algérie. Mais celui-ci ne voit le jour que trois ans après la fin des hostilités, lorsque Saadi Yacef, ancien commandant des troupes algériennes, devenu président de Casbah Films, lui propose l’idée d’un film basé sur ses propres souvenirs de combat. Ce sera La Bataille d’Alger (La battaglia di Algeri), en 1965.

En 1971, Queimada est de nouveau un regard sur le colonialisme, cette fois dans les Antilles du XIXème siècle. L’histoire du cinéma a surtout retenu les caprices de la star, Marlon Brando, sur le plateau...

En 1979, Ogro traite du terrorisme, à travers le meurtre du successeur du général Franco, et de la fin d’une dictature.

l'intervenante. Nadia Meflah, journaliste, critique.

à débattre. La Guerre d’Algérie – Une guerre sans images – La Bataille de la Censure - Une super-production au service d’un cinéma vérité : choix de mise en scène

Scénario : d'après le livre de Saadi Yacef, Franco Solinas
Image : Marcello Gatti
Musique : Ennio Morricone
Production : Antonio Musu, Saadi Yacef
Interprètes :
Ali La Pointe : Brahim Haggiag
Colonel Mathieu : Jean Martin
El-hadi Jaffar : Saadi Yacef
Fathia : Samia Kerbash
Hassiba : Fusia El Kader
Le Capitaine : Ugo Paletti
Petit Omar : Mohamed Ben Kassen

Contact :
CARLOTTA FILMS

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Olivier NAHMIAS - KYRNÉA International - Mai 2004 - www.etecine.kyrnea.com