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À PROPOS DU FILM
Je nai pas envie de traiter lhistoire de face, mais de biais, pour ce quelle laisse comme trace et séquelles sur des gens qui ne la voient pas se faire, tellement ancrés dans un présent où tous les coups sont permis pour survivre
comme une guerre lointaine dont on ne verrait les blessés que sils habitent le quartier
Une histoire intime
LE TITRE
Mille Mois est une référence explicite au Ramadan, période pendant laquelle le film se déroule. Le grand-père Ahmed explique à Mehdi, son petit-fils que "la nuit sacrée vaut plus que mille mois". Au cours de cette nuit, le jeune Mehdi sera initié à la prière pour la première fois. Mille Mois symbolise aussi lattente des personnages : Mehdi attend de voir son père, Amina attend de changer de vie, Ahmed attend la fin de la sécheresse. Tous trois attendent la libération dAbdelkrim, toujours hypothétique. Enfin les Marocains dans leur ensemble attendent une vie meilleure.
LES PERSONNAGES
Faouzi Bensaidi a volontairement multiplié les personnages principaux : "cest une multiplication de points de vue et de perspectives. Le film change de directions en permanence de manière subtile et non ostentatoire." Cela permet au film daborder divers aspects de la société marocaine de lépoque.
- Mehdi : jeune garçon élevé par sa mère et son grand-père, on lui a dit que son père était parti en France. Ce père lui manque et lenfant développe peu à peu violence et frustrations. Responsable de la chaise de linstituteur, il est le chouchou, ce qui attise la colère des autres écoliers. Il sera rejeté de tous lorsque la chaise disparaît, provoquant un scandale dans le village. Au cours de la nuit sacrée, Mehdi est initié à la prière et au Ramadan. Il ne comprend pas encore qui est Dieu mais il le craint déjà. Mehdi pose sur la société marocaine où les non-dits et les interdits abondent, un regard denfant perdu.
- Amina : la mère de Mehdi est une femme malheureuse. Lemprisonnement de son mari loblige à vivre avec son beau-père. Elle voudrait déménager à Casablanca et pourquoi pas refaire sa vie mais on ne le lui permet pas. Elle subit la pauvreté, la loi de lhomme. Intelligente, elle tente par tous les moyens de changer sa destinée mais se heurte à linertie ambiante. A la fin, elle atteint involontairement son but en quittant le village.
- Ahmed : son fils est un opposant en prison et on lui a confisqué ses terres pour la même raison. Il subsiste tant bien que mal, arrivant parfois à travailler dans les carrières de pierre, et vendant les meubles de la maison. En désespoir de cause, il vendra la chaise de linstituteur, trahissant Mehdi et provoquant un scandale dans le village. Lorsquil est démasqué, il fuit avec Mehdi et Amina pour échapper au lynchage. Cette fuite forcée est peut-être un nouveau départ pour nos trois personnages.
- Malika : jeune étudiante, amie de Mehdi, elle représente la tentation de la modernité. Elle lui raconte les grèves étudiantes à Casa en fumant une cigarette (émancipation) et en écoutant Kate Bush (occidentalisation). Cest elle qui révèle à Mehdi la véritable situation de son père. Personnage libre, elle disparaît brutalement au milieu du film (tuée par la police ?). Cette mort ne fait quattiser la honte sur sa famille et personne nira fleurir sa tombe.
- Linstituteur : Il fait preuve dautorité en classe, nhésitant pas à faire battre ses élèves à la verge. Poète malheureux, il est fou amoureux de Saddia qui se refuse à lui. Souvent il envoie Mehdi lui porter des messages enflammés. Lorsque sa chaise disparaît, il décide dinterrompre les cours provoquant un scandale dans le village. Il apparaît détruit pendant le mariage de Saddia.
- Saddia : elle représente la belle jeune fille en fleur pour qui le mariage est le seul horizon de promotion sociale. Elle choisira le Caïd riche et expérimenté plutôt que linstituteur poète mais pauvre et amoureux transi.
- Le Caïd : il incarne le pouvoir corrompu et violent en place dans la société marocaine.
- La Chaise : dans la première partie du film, elle symbolise le rapport de Mehdi aux autres personnages. Fier de la confiance de linstituteur, cette chaise lui donne un statut social et une reconnaissance dans le village. Lorsquelle disparaît, la chaise pointe aussi la misère des habitants qui narrivent pas à se cotiser pour en racheter une. Le réalisateur suggère aussi le manque de solidarité de ceux qui ne veulent pas cotiser et le pouvoir corrompu par le biais du Caïd.
- La sécheresse : filmée en plans larges, évoquée par le soleil brûlant sur des espaces immenses et secs, elle est traitée comme un personnage du film responsable du malheur des autres.
LA MISE EN SCÈNE
Mille Mois est constamment filmé en plans larges, format cinémascope. Dune part, cela accentue la dimension de lespace, immense et désertique, dautre part cela permet de garder une distance sur les personnages, de porter un regard distancié sur ce qui leur arrive. Par petites touches, par une succession de saynètes drôle ou dramatique, Faouzi Bensaidi brosse un portrait très fin et subtil da la société marocaine de lépoque (1981). Le film est rude, âpre : cest la sécheresse dans les terres mais aussi dans les curs. Les personnages sont affamés et esseulés. Le pouvoir politique est évoqué de façon dure : emprisonnement, confiscation des terres, pouvoir absolu du caïd. Dans une misère absolue, la population ne semble pas soudée mais plutôt dans le chacun pour soi. Le film évoque enfin une société entre tradition et modernité, les personnages étant sans cesse tiraillés entre lun et lautre.
Les acteurs : Jai toujours aimé mêler des acteurs professionnels avec des amateurs.
Pour Mille Mois, ce sont les habitants du village où nous avons tourné. Il me semble que ce mélange est stimulant pour les uns et les autres et apporte une justesse".
Le décor : "Jai tourné à plusieurs endroits : Marrakech, Casablanca, Meknes et Moulay Brahim. Mon village est constitué despaces épars mais qui, réunis, constituent le vrai village de mes personnages, de mon histoire, de mon film, quaucun " réel " village naurait été capable de rendre."
Le tournage : Javais repéré avant le tournage des lieux très secs qui convenaient au film. Et puis il sest mis à pleuvoir comme il navait jamais plu depuis 20 ans et je me suis retrouvé avec des collines verdoyantes comme principal décor. Du coup, il a fallu arracher lherbe des collines entières".
Le ramadan : "La religion est très présente. Elle mintéresse dans sa dimension imaginaire, pour saisir sa place dans le quotidien des personnages, la formation de leur être et leur rapport au monde. Je souhaitais placer le film dans un temps religieux ou le rituel dicte le mode de vie de chacun. Car le Ramadan régit la vie des gens. Cest un temps à la fois religieux et social."
Sur la mise en scène : "Jai filmé en un aller retour précis entre deux registres : lun contemplatif, embrassant lespace, lautre plus dynamique, se resserrant sur les personnages. Cela donne un film bâti en deux respirations différentes mais complémentaires : des plans-séquences fixes où la distance avec le sujet est importante, une sorte de regard impuissant sur ce qui arrive aux personnages. Et puis des longs plans-séquences en mouvement, plus proches des personnages.
La lumière est pure, vive, transparente et réelle. Une image brute à la mesure de ces paysages secs et ingrats, cette nature aride, dure et indifférente."
LA MUSIQUE
"Jai choisi de ne pas composer la musique pour le film mais de traiter le son dans chaque séquence comme une partition, avec des ouvertures, des mouvements, des thèmes, des tempos. Cela ouvre des possibilités incroyables dabstraction."
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