un été au ciné 2003 / cinéville

 
Mille mois

>> de Faouzi Bensaidi
Fiction -

France / Maroc / Belgique – 2003 – 2h04 - 35 mm/ scope / dolby SR / couleur

l’histoire. 1981, Maroc, le mois de Ramadan.
Dans un village au cœur des montagnes de l’Atlas, Mehdi, un garçon de sept ans vit avec sa mère Amina chez son grand-père Ahmed.
Son père est en prison. Pour préserver l’enfant, Amina et Ahmed lui font croire que celui-ci est parti travailler en France.
À l’école, Mehdi a le privilège de veiller à la chaise de l’instituteur. Son rapport aux autres et au monde est construit autour de cet objet.
Mais l’équilibre fragile de sa vie menace tous les jours de voler en éclats…

le réalisateur. Né à Meknes, Faouzi Bensaidi vit aujourd’hui entre Paris et Casablanca. Après des études à l’institut d’art dramatique de Rabat, il met en scène de nombreuses pièces de théâtre. En 1997, il réalise son premier court métrage, La Falaise, qui a reçu de nombreux prix en France et à l’international. En 1999, il co-écrit Loin, le film de André Téchiné. En 2000, il réalise deux courts-métrages : Le Mur, primé au festival de Cannes, et Trajets, primé au festival de Venise.
Mille Mois est son premier long-métrage. Il a obtenu le prix du premier regard et le prix de la jeunesse au festival de Cannes 2003.


À PROPOS DU FILM
Je n’ai pas envie de traiter l’histoire de face, mais de biais, pour ce qu’elle laisse comme trace et séquelles sur des gens qui ne la voient pas se faire, tellement ancrés dans un présent où tous les coups sont permis pour survivre… comme une guerre lointaine dont on ne verrait les blessés que s’ils habitent le quartier… Une histoire intime…


LE TITRE
Mille Mois est une référence explicite au Ramadan, période pendant laquelle le film se déroule. Le grand-père Ahmed explique à Mehdi, son petit-fils que "la nuit sacrée vaut plus que mille mois". Au cours de cette nuit, le jeune Mehdi sera initié à la prière pour la première fois. Mille Mois symbolise aussi l’attente des personnages : Mehdi attend de voir son père, Amina attend de changer de vie, Ahmed attend la fin de la sécheresse. Tous trois attendent la libération d’Abdelkrim, toujours hypothétique. Enfin les Marocains dans leur ensemble attendent une vie meilleure.

LES PERSONNAGES
Faouzi Bensaidi a volontairement multiplié les personnages principaux : "c’est une multiplication de points de vue et de perspectives. Le film change de directions en permanence de manière subtile et non ostentatoire." Cela permet au film d’aborder divers aspects de la société marocaine de l’époque.
  • Mehdi : jeune garçon élevé par sa mère et son grand-père, on lui a dit que son père était parti en France. Ce père lui manque et l’enfant développe peu à peu violence et frustrations. Responsable de la chaise de l’instituteur, il est le chouchou, ce qui attise la colère des autres écoliers. Il sera rejeté de tous lorsque la chaise disparaît, provoquant un scandale dans le village. Au cours de la nuit sacrée, Mehdi est initié à la prière et au Ramadan. Il ne comprend pas encore qui est Dieu mais il le craint déjà. Mehdi pose sur la société marocaine où les non-dits et les interdits abondent, un regard d’enfant perdu.
  • Amina : la mère de Mehdi est une femme malheureuse. L’emprisonnement de son mari l’oblige à vivre avec son beau-père. Elle voudrait déménager à Casablanca et pourquoi pas refaire sa vie mais on ne le lui permet pas. Elle subit la pauvreté, la loi de l’homme. Intelligente, elle tente par tous les moyens de changer sa destinée mais se heurte à l’inertie ambiante. A la fin, elle atteint involontairement son but en quittant le village.
  • Ahmed : son fils est un opposant en prison et on lui a confisqué ses terres pour la même raison. Il subsiste tant bien que mal, arrivant parfois à travailler dans les carrières de pierre, et vendant les meubles de la maison. En désespoir de cause, il vendra la chaise de l’instituteur, trahissant Mehdi et provoquant un scandale dans le village. Lorsqu’il est démasqué, il fuit avec Mehdi et Amina pour échapper au lynchage. Cette fuite forcée est peut-être un nouveau départ pour nos trois personnages.
  • Malika : jeune étudiante, amie de Mehdi, elle représente la tentation de la modernité. Elle lui raconte les grèves étudiantes à Casa en fumant une cigarette (émancipation) et en écoutant Kate Bush (occidentalisation). C’est elle qui révèle à Mehdi la véritable situation de son père. Personnage libre, elle disparaît brutalement au milieu du film (tuée par la police ?). Cette mort ne fait qu’attiser la honte sur sa famille et personne n’ira fleurir sa tombe.
  • L’instituteur : Il fait preuve d’autorité en classe, n’hésitant pas à faire battre ses élèves à la verge. Poète malheureux, il est fou amoureux de Saddia qui se refuse à lui. Souvent il envoie Mehdi lui porter des messages enflammés. Lorsque sa chaise disparaît, il décide d’interrompre les cours provoquant un scandale dans le village. Il apparaît détruit pendant le mariage de Saddia.
  • Saddia : elle représente la belle jeune fille en fleur pour qui le mariage est le seul horizon de promotion sociale. Elle choisira le Caïd riche et expérimenté plutôt que l’instituteur poète mais pauvre et amoureux transi.
  • Le Caïd : il incarne le pouvoir corrompu et violent en place dans la société marocaine.
  • La Chaise : dans la première partie du film, elle symbolise le rapport de Mehdi aux autres personnages. Fier de la confiance de l’instituteur, cette chaise lui donne un statut social et une reconnaissance dans le village. Lorsqu’elle disparaît, la chaise pointe aussi la misère des habitants qui n’arrivent pas à se cotiser pour en racheter une. Le réalisateur suggère aussi le manque de solidarité de ceux qui ne veulent pas cotiser et le pouvoir corrompu par le biais du Caïd.
  • La sécheresse : filmée en plans larges, évoquée par le soleil brûlant sur des espaces immenses et secs, elle est traitée comme un personnage du film responsable du malheur des autres.

LA MISE EN SCÈNE
Mille Mois est constamment filmé en plans larges, format cinémascope. D’une part, cela accentue la dimension de l’espace, immense et désertique, d’autre part cela permet de garder une distance sur les personnages, de porter un regard distancié sur ce qui leur arrive. Par petites touches, par une succession de saynètes drôle ou dramatique, Faouzi Bensaidi brosse un portrait très fin et subtil da la société marocaine de l’époque (1981). Le film est rude, âpre : c’est la sécheresse dans les terres mais aussi dans les cœurs. Les personnages sont affamés et esseulés. Le pouvoir politique est évoqué de façon dure : emprisonnement, confiscation des terres, pouvoir absolu du caïd. Dans une misère absolue, la population ne semble pas soudée mais plutôt dans le chacun pour soi. Le film évoque enfin une société entre tradition et modernité, les personnages étant sans cesse tiraillés entre l’un et l’autre.

Les acteurs : “J’ai toujours aimé mêler des acteurs professionnels avec des amateurs.
Pour Mille Mois, ce sont les habitants du village où nous avons tourné. Il me semble que ce mélange est stimulant pour les uns et les autres et apporte une justesse".

Le décor : "J’ai tourné à plusieurs endroits : Marrakech, Casablanca, Meknes et Moulay Brahim. Mon village est constitué d’espaces épars mais qui, réunis, constituent le vrai village de mes personnages, de mon histoire, de mon film, qu’aucun " réel " village n’aurait été capable de rendre."

Le tournage : J’avais repéré avant le tournage des lieux très secs qui convenaient au film. Et puis il s’est mis à pleuvoir comme il n’avait jamais plu depuis 20 ans et je me suis retrouvé avec des collines verdoyantes comme principal décor. Du coup, il a fallu arracher l’herbe des collines entières".

Le ramadan : "La religion est très présente. Elle m’intéresse dans sa dimension imaginaire, pour saisir sa place dans le quotidien des personnages, la formation de leur être et leur rapport au monde. Je souhaitais placer le film dans un temps religieux ou le rituel dicte le mode de vie de chacun. Car le Ramadan régit la vie des gens. C’est un temps à la fois religieux et social."

Sur la mise en scène : "J’ai filmé en un aller retour précis entre deux registres : l’un contemplatif, embrassant l’espace, l’autre plus dynamique, se resserrant sur les personnages. Cela donne un film bâti en deux respirations différentes mais complémentaires : des plans-séquences fixes où la distance avec le sujet est importante, une sorte de regard impuissant sur ce qui arrive aux personnages. Et puis des longs plans-séquences en mouvement, plus proches des personnages.
La lumière est pure, vive, transparente et réelle. Une image brute à la mesure de ces paysages secs et ingrats, cette nature aride, dure et indifférente."


LA MUSIQUE
"J’ai choisi de ne pas composer la musique pour le film mais de traiter le son dans chaque séquence comme une partition, avec des ouvertures, des mouvements, des thèmes, des tempos. Cela ouvre des possibilités incroyables d’abstraction."


à débattre. Le Maroc de 1981 : situation politique liberté d’expression, démocratie), économique (la misère), sociale et culturelle. Evolutions depuis 25 ans. / Le rapport de la population à la religion : entre traditions et modernité. / Place et statut de la femme dans la société marocaine : évolution….

À mettre en rapport avec d’autres films traitant de la situation politique et de l’état de la société marocaine comme Jugement d’une femme de Hassan Benjelloun

le site web du film. www.mk2.com

Scénario : Faouzi Bensaidi

Image : Antoine Heberlé
Son : Patrice Mendez
Décors : Naima Bouanani et Véronique Melery
Produit par Laurent Lavolé et Isabelle Pragier (Gloria Films)

Interprètes : Fouad Labied (Mehdi), Nezha Rahil (Amina), Mohammed Majd (Ahmed), Abdelati Lambarki (le caïd), Mohamed Bastaoui (le frère du caïd)

Distributeur :
MK2 distribution

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Fiche réalisée par Olivier Nahmias pour "un été au ciné / cinéville" - Coordination nationale : KYRNÉA International – O1 47 70 71 71 – asso@kyrnea.com- www.etecine.kyrnea.com
Fiche rédigée dans le cadre du CD Rom d'accompagnement du film Mille Mois en cours de réalisation par la Direction de la Jeunesse, de l'Education Populaire et de la Vie Associative (DJEPVA), par le CRDP de Nice et la Délégation Académique aux Arts et à la culture de Nice