un été au ciné 2003 / cinéville

 
Elephant

>> de Gus Van Sant
Fiction - film interdit aux moins de 12 ans

USA – 2003 – 1h21’ – 35mm / 1,33 / couleur

l’histoire. Elephant nous entraîne dans un lycée américain où se déroule une journée ordinaire : cours, football, potins etc… Pour chacun des élèves que nous rencontrons, le lycée représente une expérience différente, enrichissante ou amicale pour les uns, traumatisante, solitaire ou difficile pour les autres. Mais sous le calme apparent le drame se noue…

le réalisateur. Gus Van Sant s’est fait connaître avec son premier long métrage Mala Noche (1985). Ses films ont marqué le cinéma américain indépendant des années 90 avec notamment Drugstore Cowboy (1989), My Own Private Idaho (1991), et Even Cowgirls Get the Blues (1993). Sa comédie grinçante, Prête à Tout (1995), dans laquelle il dirigeait Nicole Kidman, a été projetée aux Festivals de Cannes et de Toronto, et récompensée par un Golden Globe.

Will Hunting (1997) est nommé neuf fois aux OSCARS. Après une version controversée du film d’Alfred Hitchcock, Psycho (1998), premier remake plan-par-plan d’un film à avoir été porté à l'écran, et À la recherche de Forrester (2000), le cinéaste revient en 2002 à ses racines indiennes avec Gerry, co-écrit Matt Damon et Casey Affleck.

Elephant a obtenu la palme d’or, le prix spécial du jury et le prix de l’éducation nationale au Festival de Cannes 2003.

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À PROPOS DU FILM
"On n’avait jamais eu autant de fusillades dans les écoles américaines. Je voulais faire quelque chose qui essaierait de rendre l’état d’esprit des jeunes qui allaient à l’école à cette époque. C’était juste un regard différent sur ce sujet."


LE TITRE
Un film en particulier a servi de base de réflexion à Gus Van Sant pour réaliser son long métrage. Il s’agit d’un film de la BBC, diffusé en 1989, qui avait remporté un franc succès. Également intitulé Elephant et réalisé par le défunt scénariste britannique Alan Clarke, le film montrait la violence sectaire en Irlande du Nord comme une marche acharnée et anonyme de meurtriers. Alan Clarke avait intitulé son film d’après l’image sarcastique de l’éléphant dans un magasin de porcelaine…
"Elephant, c’est ce qui se voit comme le nez au milieu de la figure mais que tout le monde souhaiterait bien occulter" précise Gus Van Sant.

LES PERSONNAGES
Gus Van Sant multiplie les points de vue et les personnages. Parmi les plus important et par ordre d’apparition à l’écran :
  • John : son père est déjà saoul le matin lorsqu’il l’accompagne à l’école. Les rôles sont inversés. C’est John qui s’occupe de son père. À cause de lui, il sera pénalisé au lycée. Personnage triste et solitaire, c’est lui qui donnera l’alerte en premier.
  • Elias : Photographe amateur, il fait des portraits au hasard, qu’il développe tout seul. Sa position d’observateur évoque le double du cinéaste Van Sant.
  • Nathan et Carrie : un jeune couple qui déambule dans le lycée. Image type de l’amour adolescent, leur couple sera le héros macabre d’une scène finale inhumaine.
  • Eric et Alex : dès le début, Van sant les montre armés et violents. Ce sont eux qui mettent au point méticuleusement la tuerie. Passionnés d’armes à feu, ils tuent tous ceux "qui les font chier comme ça". Chez eux ils sont calmes et déterminés. Alex joue la lettre à Elise au piano pendant qu’Eric s’adonne à un jeu vidéo de tir. Avant le massacre, ils s'embrassent sous la douche pour "voir comment ça fait avant de mourir". Pendant la tuerie, ils restent étonament calmes, froidement déterminés et impitoyables.
  • Michelle : pas très à l’aise dans son corps, moquée par ses camarades, solitaire, travaillant à la bibliothèque, elle est à part, mal intégrée. Elle sera la première victime.
  • Brittany, Jordan et Nicole : ce sont les trois "pétasses" de service. Petites femmes en devenir, elles papotent, parlent de mecs et de shopping. Ensemble, elles se font vomir dans les toilettes après le repas. Aux premiers coups de feu elles plaisantent en espérant que c’est une bombe et qu’il n’y aura plus de devoirs à faire. Elles seront tués toutes les trois.
  • Benny : grand black baraqué et nonchalant, on croit qu’il va intercepter un des tueurs le surprenant de dos. Il sera tué aussi sec.
  • Le proviseur : représentant l’autorité, il sanctionne injustement John au début du film sans chercher à comprendre ses raisons. Il sera impitoyablement abattu dans le dos par Eric après lui avoir laissé croire qu’il pouvait s’en aller…

LA MISE EN SCÈNE
La mise en scène allie un dispositif élaboré (longs plans séquences chorégraphiés, montage non chronologique mais subjectif) et un travail d’improvisation des comédiens encouragés par le réalisateur à s’inspirer de leur propre vie. Cela donne un film paisible, d’une grande pureté formelle, "un objet cinématographique générateur permanent de poésie".

Les acteurs : Il fut immédiatement décidé de trouver de vrais lycéens pour interpréter les rôles des élèves dans le film, y compris pour les figurants. Les lycéens furent encouragés à s’inspirer de leur propre vie et à intégrer leurs propres histoires et expériences pour construire leur personnage. Aucun texte n’était écrit, ils improvisaient en grande partie les dialogues même si Gus Van Sant suggérait parfois de reprendre une histoire ou une conversation qu’il avait entendues auparavant de leur bouche.
Le film compte seulement trois professionnels parmi tous ses acteurs : Timothy Bottoms qui incarne le père d’un lycéen, Matt Malloy qui joue le rôle du proviseur, M. Luce, et Ellis E. Williams qui interprète le responsable de l’Alliance Homo-Hétéro.

Le tournage s’est fait en décors naturels, dans un vrai lycée, le mobilier et les installations étant restés quasiment intacts.

Sur la mise en scène : Gus Van Sant et Harris Savides se sont inspirés des documentaires de Frederick Wiseman (Domestic Violence, The Store, High School) et des photographies de William Eggleston pour l’esthétique du film.

"J’ai mes propres théories sur la question de la violence, mais je ne voulais pas les inclure dans le film. Mon but étant de transmettre au public une impression poétique, Elephant n’a jamais été conçu comme un documentaire."
"J’ai truffé le film de semblants d’indices, comme des fragments d’explication pour entretenir un suspens". Ces ébauches d’explication de la tuerie traversent le film : image d’un jeu vidéo violent, consultation d’un site web de ventes d’armes, un documentaire sur Hitler, plusieurs jurons et brimades.

Comme le souligne le producteur Dany Wolf, “Elephant aborde le sujet sous plusieurs angles, mais pas comme dans Rashomon qui vous présente la cause et l’effet. Nous ne montrons pas ces liens. Et en sens, pour ce type de sujet, c’est assez audacieux car les gens veulent qu’on leur présente très clairement les origines et les conséquences dramatiques du problème.”

La mise en scène multiplie les points de vue : on suit celui de chaque personnage toujours de dos et marchant dans le même direction, pour appuyer l’inexorabilité du dénouement.
La caméra est très mobile et suit chaque personnage à la trace dans de longs plans séquences dynamiques qui appuient le mouvement.
Le ciel et les nuages ponctuent l’action : leur variation indique le sens de l’action. Plus le ciel s’obscurcit plus on va vers le drame.


LA MUSIQUE
La musique est peu présente mais quelques passages de la "Lettre pour Elise" et des Symphonies pour piano n° 14 et 2 de Beethoven sont repris tout au long du film, suite à une improvisation d’Alex sur le plateau.
Une grande partie de la conception sonore du film est de la musique concrète, une forme de musique électronique développée à la fin des années 40 et basée davantage sur des sons naturels que sur des instruments classiques. "Il ne s’agit pas d’une conception sonore traditionnelle avec un son ou une musique enveloppants. Le but était de se débarrasser des artifices – vous ne dites pas aux spectateurs avec votre musique ou votre son ce qu’ils doivent ressentir ou penser," confie Dany Wolf, le producteur.


à débattre. La violence dans la société américaine : origine et manifestations / Le rapport des jeunes aux adultes : représentation des parents et de l’autorité dans le film / Liberté de commerce des armes à feu, jeux vidéo violents, violence télévisuelle : une tentative d’explication ? / Mettre en scène les événements sans les expliquer : un pari réussi pour Gus Van Sant ?

À rapprocher de : Bowling For Columbine de Michael Moore sur le massacre au lycée et l’état de la société américaine, des films de Larry Clarke sur les adolescents américains (Kids, Bully, Ken Park)…

le site web du film. www.mk2.com

Scénario, Réalisation, Montage : Gus Van Sant

Image : Harris Savides
Son : Leslie Shatz
Musique : Beethoven, Westerkamp, Acid Mothers Temple, Frances White

Interprètes : Alex Frost, Eric Deulen, John Robinson, Elias McConnel, Jordan Taylor, Carrie Finklea, Nicole George, Brittany Mountain, Alicia Miles, Kristen Hicks, Benny Dixon

Distributeur :
MK2 distribution

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Fiche réalisée par Olivier Nahmias pour "un été au ciné / cinéville" - Coordination nationale : KYRNÉA International – O1 47 70 71 71 – asso@kyrnea.com- www.etecine.kyrnea.com
Fiche rédigée dans le cadre du CD Rom d'accompagnement du film Elephant réalisé par le CRDP de Nice et la Délégation Académique aux Arts et à la Culture de Nice